Je lis en ce moment Leaving Microsoft to Change the World écrit par John Wood, fondateur de Room to Read. Ce livre est vraiment inspirant. Il est également parfois un peu dérangeant étant donné certaines questions ou opinions que Wood présente. Une des opinions de Wood concernent la nécessité de mener les efforts de financement en présentant l’espoir et non la misère.
Je ne connais pas la réponse scientifique à cette question. Mais je me doute bien qu’il en existe une. Des spécialistes du financement et du marketing direct ont sûrement testé de nombreux scénarios différents dans lesquels misère et espoir s’affrontaient. Personnellement, je ne suis même pas certain de ce qui me touche le plus. Je suis parfois motivé à faire des dons face à l’adversité et parce que je suis tellement ému que je ressens le besoin de soulager les gens qui souffrent. Et je donne aussi parfois pour contribuer à la solution long terme pour améliorer le sort de ceux qui sont dans le besoin. Et de façon générale, les motivations au don sont extrêmement variées. Je me demande par contre si les dons motivés par l’espoir ont de plus grande chance d’être répétitifs que les dons motivés par la misère…
Comme je trouve la question fort intéressante, je vous traduis librement l’opinion de John Wood:
“Je ferais presque n’importe quoi pour amasser des fonds pour aider Room to Read à construire plus d’écoles et de bibliothèques. Par contre, j’évide fortement une technique très répandue – qui semble fonctionner – qui consiste à faire pleurer pour obtenir des dons.
Tourt le monde sait qu’il y a de la pauvreté dans le monde, et tout le monde le déplore. Certains organismes trouvent qu’il est efficace de montrer des photos dans lesquelles ont voit des enfants sous-alimentés qui sont entourés de moustiques. Avec tout le respect que je dois aux organismes qui utilisent cette approche, je crois qu’utiliser la pitié pour amasser des fonds diminue les défavorisés. Je me trompe peut-être, mais je ne crois pas que la culpabilité devrait être utilisés pour obtenir des dons.
Je crois surtout que les donateurs veulent de l’espoir et de l’optimisme dans leur vie. Ils veulent voir des solutions. Si nous leur montrons une personne défavorisée, les donateurs vont sûrement être tristes, mais ils ne donneront peut-être pas. Si, au contraire, nous leur présentons un enfant défavorisé avec un diplôme scolaire en main, nous avons plus de chance de donner de l’optimisme et les convaincre que leurs dons vont être utiles à la cause.”
Wood amène de bons arguments. Mais je me demande si la “recette” ne consiste pas à bien présenter l’ampleur du besoin tout en amenant l’espoir de la solution qui pourra être mise en place grâce aux dons…


Notre motivation est mue par l’envie “d’aller vers” ou de “s’éloigner de”. Certains vont vers un espoir, une sortie de crise, une envie de faire une différence et d’autres veulent s’éloigner des coups, s’éloigner de la misère etc… Pour ma part, il me semble que “s’éloigner de” a un caractère d’urgence que “aller vers” a moins. “S’éloigner de” permet “d’aller vers” et comme “aller vers” permet de “s’éloigner de” … c’est au choix !
Salutations Martin et Bravo pour votre blog !
Merci Valérie pour votre commentaire. Je suis entièrement d’accord avec votre très belle façon de présenter la chose.
Bonjour,
J’étais en réunion ce matin avec notre directeur des campagnes de financement et on abordait pour la énième fois cette question.
On en veut pas faire dans la victimisation ou dans la culpabilisation des donateurs. C’est sûr qu’à court terme, ça doit servir de jouer dans le registre de l’émotion.
Cependant, nous faisons le pari qu’en éduquant les gens, en leur proposant des solutions durables, à plus long terme, cela sera plus efficace qu’un don ponctuel.
Cette position de l’organisme demande des efforts de tous les jours, ce serait-ce que dans le choix des photos que nous publions. Pour Haïti par exemple, nous n’avons pas montré de cadavres ou de corps empilés, mais plutôt des Haïtiennes et Haïtiennes qui se mobilisent.
Je vais proposer cette lecture à mes collègues, merci de la partager avec nous.
Marisa Curcio
Agente de communication – nouveaux médias
Oxfam-Québec
curciom@oxfam.qc.ca